Élever des moutons Nez Noirs du Valais est un engagement de patience. Contrairement à d'autres races ovines, nous respectons ici un cycle lent, calé sur la maturité réelle de l'animal et non sur des impératifs de productivité.
Comme nous l'avons évoqué, nos brebis ne sont saillies qu’à partir de 18 mois, parfois plus tard. Cette maturité tardive garantit une croissance harmonieuse et une mère solide pour son futur agneau.
Le choix du bélier : Nous sélectionnons nos reproducteurs sur leur conformité au standard suisse, mais aussi sur leur tempérament doux.
La lutte : Le bélier vit à l'année avec le troupeau pour son équilibre social, protégé par son tablier. Cela nous permet de maîtriser le calendrier des naissances (une seule fois par an) tout en préservant la paix du groupe. À la date choisie, le bélier libéré de son tablier et les brebis désignées pour la lutte sont rassemblés durant 6 semaines dans une parcelle. Nous respectons cette phase naturelle de reproduction et n'utilisons aucun moyen pour forcer la fécondité des brebis.
La durée de la gestation est de 5 mois mais la préparation de ce grand moment commence bien avant la naissance. Durant les 6 dernières semaines de gestation, la croissance du fœtus augmente de 70%, c'est dire si la brebis va puiser dans ses ressources pour lui permettre de grandir.
Nutrition : Nous veillons à ce que les brebis reçoivent une alimentation optimale pour garantir un agneau vigoureux et un colostrum de qualité. Pour ce faire, nous regroupons les futures mères en un lot et répondons à leurs besoins spécifiques.
Soutien : Afin de maintenir un bon apport en vitamines et oligo-éléments, nous administrons à chaque mouton, deux fois par an, un bolus qui garantit cet équilibre pour 6 mois. En fin de gestation, des seaux à lécher spécifiques et fabriqués maison sont mis à disposition des futures mères.
Bien avant l'arrivée des brebis, un vide sanitaire a été effectué pour assécher la nurserie. Vidée de son fumier, nettoyée, laissée séchée, la nurserie a été chaulée pour être désinfectée.
La nurserie accueillera les brebis la nuit en fin de gestation et jusqu'à la fin du 1er mois après les agnelages.
Cet espace est naturellement ventilé la nuit et ouvert en journée.
Pour son grand pouvoir d'absorption, nous utilisons les anas de lin comme litière.
L’agnelage est le point culminant de notre travail d’éleveur. C’est un temps de veille, de silence et d’émotions. Au Chant des Campanules, nous tentons de marier la patience à la précision technique pour offrir aux agneaux le meilleur départ possible.
.Une surveillance discrète
Grâce à notre caméra, nous surveillons les brebis jour et nuit sans perturber leur intimité. Notre philosophie est d'intervenir le moins possible : la nature est bien faite, et une brebis sereine agnèle souvent mieux seule. Nous ne venons en aide que si la mise bas stagne ou présente une difficulté réelle ce qui, jusqu'à aujourd'hui, a été rarissime.
L'ambiance feutrée de la nurserie
Les brebis qui arrivent à leur terme passent de longs moments couchées. On sent alors l'ambiance de la nurserie se feutrer. Lorsqu'une brebis commence à avoir des contractions, elle se lève, s'éloigne du groupe, se recouche, gratte le sol, tourne et recommence.
Quand le travail devient efficace, la brebis se couche et lève la tête vers le ciel, comme si elle regardait la lune. C'est un signal: dans l'heure, l'agneau sera là. Certaines brebis agnèlent couchées, d'autres debout. Un travail excessif ou trop long peut indiquer que l'agneau ne se présente pas en position physiologique; la brebis fatigue, et c’est là que notre aide peut devenir nécessaire.
Les premiers soins
Dès la naissance, chaque minute compte, et pourtant nous devons privilégier le calme: ces moments sont fragiles et la brebis doit encore accepter son agneau puis se délivrer de ses arrière-faix dans les heures à venir. L'agneau, lui, doit encore se lever et trouver le bar à lait dans les 6h qui suivent sa naissance.
Le séchage : La mère lèche son petit pour fixer le lien et stimuler sa circulation. Si les naissances sont multiples (jumeaux ou triplés), nous installons une lampe chauffante au-dessus de la case pour éviter toute hypothermie le temps que les agneaux soient parfaitement secs.
L’hygiène : Le cordon ombilical est désinfecté immédiatement (au Botanica).
Le Colostrum, "l'or blanc" : C'est le premier lait, chargé d'anticorps. L'agneau a 6h pour le consommer. Nous veillons à ce que chaque agneau en reçoive dans les deux premières heures. Si nous devons compléter, nous utilisons du colostrum bio surgelé réchauffé doucement au bain-marie (jamais au micro-ondes !) pour ne pas détruire ses propriétés protectrices.
Le calme : Nous savons qu'il est tentant d'exprimer sa joie, de prendre des photos, de montrer ce nouveau-né à ses amis... Ce n'est pas le moment. Le stress nuit à la lactation et l'agneau a besoin de se nourrir rapidement du colostrum. Je vous promets que vos agneaux seront tout aussi superbes le lendemain.
Après la naissance, la mère et son agneau passent 48h ensemble dans une case individuelle propre et paillée de la nurserie. Ce tête-à-tête est essentiel pour :
Confirmer le lien maternel.
Vérifier que l'agneau boit suffisamment. A cette fin, les agneaux sont pesés chaque jour durant 14 jours.
Éviter les "vols d'agneaux" par d'autres brebis qui n'ont pas encore agnelé.
La brebis garde toute notre attention également: un agnelage reste une épreuve physique et un risque d'infection ou de complication.
L'observation
Si la nurserie est sous surveillance caméra, rien ne remplace notre observation et notre intuition. Les agneaux boivent, jouent et dorment beaucoup et il convient d'apprendre à différencier le sommeil d'un problème de santé qui rend l'agneau apathique ou léthargique. Le réflexe est alors de vérifier sa température.
Pour information aux nouveaux propriétaires:
La température normale d'un agneau se situe entre 39° et 40°.
Entre 37° et 39°, il faut réchauffer l'agneau, soit en l'installant sous une lampe, soit sur une surface chauffante appropriée. Un complément de colostrum (ou à défaut de miel) donne à l'agneau un supplément d'énergie qui va le soutenir.
Sous 37°, l'agneau est en hypothermie. C'est une urgence vétérinaire. En l'attendant, l'agneau sera réchauffé MAIS ne peut plus être nourri par voie naturelle tant que sa température ne remonte pas au-dessus de 37°.
Durant le premier mois, les agneaux sortent chaque jour avec leur mère (sauf grand vent ou forte pluie) et rentrent dormir à l'abri le soir à la nurserie.
Les agneaux grandissent rapidement. Ils sont pesés chaque jour les 2 premières semaines pour détecter tout problème en amont qui se traduirait par une perte d'état rapide.
La caudectomie étant interdite dans notre région depuis 2001, nos agneaux gardent leur jolie longue queue.
Vers 1 mois, les agneaux et les mères rejoignent le reste du troupeau. Les agneaux y grandiront à leur rythme en apprenant les codes sociaux du troupeau. Vers 3 mois les petits mâles ne répondant pas au standard de la race sont castrés, par voie chirurgicale et sous anesthésie locale. Sitôt l'opération terminée, ils repartent gambader.
Aucun départ n'est pratiqué avant l'âge de 4 mois. Ce sevrage naturel, sans stress, est une condition sine qua non pour obtenir des adultes équilibrés et sereins.
Ethique des départs des agneaux et des adultes :
Par respect pour leur équilibre émotionnel, les agneaux quittent l'élevage après leur sevrage naturel, vers 4 mois.
Par respect pour leur caractère grégaire, aucun individu ne part pour se retrouver seul ou isolé dans sa nouvelle famille.
Pour contribuer à maintenir le standard de la race, tout agneau mâle non destiné à devenir reproducteur est castré.
Pour assurer la gestion de la douleur et limiter leur stress, la castration des petits mâles est réalisée par voie chirurgicale sous anesthésie locale.
Par respect pour la santé des agnelles, aucun couple d'agneaux du même âge ne part pour se retrouver seul dans sa nouvelle famille.
Pour favoriser une bonne adéquation entre les agneaux et les futures familles, celles-ci sont invitées à rencontrer les agneaux et laisser les agneaux les rencontrer.